Le train de nuit, ses compartiments, ses couloirs, sa voiture-restaurant, traversent nombre de chefs d’œuvre du cinéma Voici notre sélection de dix films essentiels qui se déroulent dans le décor feutré d’un train de nuit.
1 – Une femme disparaît, l’art du dénouement
Dans Une femme disparaît (The Lady Vanishes) sorti en 1938, l’action se déroule essentiellement dans l’espace confiné d’un train, un train inquiétant, avec, à son bord, une galerie de personnages singuliers aux motivations troubles. Dans un hôtel de montagne en Europe centrale, Iris fait la connaissance d’une vieille dame, britannique tout comme elle. Le lendemain les deux femmes montent à bord d’un train qui doit les ramener vers Londres, où Iris doit se marier. Mais la vieille dame, Madame Froy, disparaît pendant le voyage sans laisser de traces. Les autres voyageurs, comme les employés de la compagnie ferroviaire, soutiennent alors qu’ils ne l’ont jamais vue à bord…
Avec Une femme disparait, Alfred Hitchcock, alors âgé de 39 ans, acquiert un statut international. A sa sortie, le film devient le plus rentable de l’histoire du cinéma britannique. Une femme disparait a pour toile de fonds les tensions nationalistes qui agitent l’Europe, le continent étant au bord de la guerre. L’écrivain du cinéma Jacques Lourcelles écrivait à ce propos dans son Dictionnaire du cinéma publié en 1992 : « Une femme disparait est (…) l’un des rares récits d’Hitchcock à se situer dans un contexte historique et politique précis, ici l’immédiat avant-guerre plein de menaces et d’ambiguïtés. »
A noter qu’en 1978, un remake est réalisé par Anthony Page avec Cybill Sheperd, Elliott Gould et Angela Lansbury.
Une femme disparaît d’Alfred Hitchcock. Gainsborough Pictures. (1938)

2 –Train de nuit pour Munich, espionnage et action ferroviaire
1938. Les armées du IIIe Reich envahissent la région tchécoslovaque des Sudètes au nom du pangermanisme et bientôt Prague est menacé. Dans la capitale, un scientifique, le professeur Axel Bomasch, inventeur d’un blindage révolutionnaire, doit fuir le pays pour que ses travaux ne tombent pas aux mains des Nazis. S’il parvient à rejoindre l’Angleterre, ce n’est pas le cas de sa fille, Anna, qui est arrêtée par la Gestapo et internée dans un camp de concentration. Elle y rencontre Karl Marsen (Paul Henreid) et décide de s’échapper du camp en sa compagnie. Arrivée à Londres, Anna parvient à retrouver son père grâce à un agent des services secrets britanniques, Gus Bennett. Mais, la jeune fille est encore loin d’être tirée d’affaire…
Ce film d’espionnage n’est pas sans rappeler Une femme disparait d’Hitchcock. Les scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder ont d’ailleurs officié sur les deux films, comme l’actrice Margaret Lockwood. D’ailleurs on retrouve également le duo de personnages secondaires « Charters » (Basil Radford), et « Caldicott » (Naunton Wayne), archétypes du gentleman anglais, féru de cricket et de golf, au flegme imperturbable, résolument britannique.
Train de nuit pour Munich de Carol Reed. Twentieth Century-Fox. (1940)

3 – Bons baisers de Russie, compartiment castagne
Nous n’avons plus besoin de vous présenter l’agent le moins secret de sa majesté – faut dire qu’il se présente toujours sous son vrai nom, Bond, James Bond. L’espion créé par Ian Fleming a fait les beaux jours de l’édition, mais également des salles obscures. Bons baisers de Russie compte l’une des scènes d’action dans un train les plus connues de l’histoire du cinéma. Alors qu’une espionne russe, Tatiana Romanova, annonce vouloir passer à l’Ouest avec, dans ses bagages, une machine de codage du KGB, elle ne veut faire le voyage qu’en compagnie de 007. Il récupère la belle transfuge à Istanbul, où ils montent tous les deux à bord de l’Orient-Express à destination de la capitale britannique. Ce que les services anglais ignorent, c’est que Tatiana est en fait un assassin chargé de se débarrasser de l’espion… A bord, Donald Red Grant (Robert Shaw) et James Bond (Sean Connery) se livrent dans l’espace étriqué du compartiment à un combat sans merci. Alors qu’elle ne dure que deux minutes à l’écran, la scène a demandé trois semaines de tournage. Filmée avec trois caméras, elle a été chorégraphiée à la seconde près par le réalisateur Terence Young et le coordonnateur des cascades, Peter Perkins.
Bons baisers de Russie de Terence Young. EON Productions. Grande-Bretagne. (1964).

4 – Le Crime de l’Orient-Express, adaptation classique
Voici un mystère à la hauteur d’Hercule Poirot. Dans l’Orient Express qui le ramène d’Istanbul, on vient le chercher, un meurtre a été commis. La porte du compartiment était fermée et la chaînette mise à l’intérieur. Le suicide est exclu : la victime a reçu une dizaine de coups de couteau. Effectivement, plutôt suspect comme décès… Que s’est-il passé dans le luxe feutré de cette voiture de la Compagnie internationale des wagons-lits ? Heureusement pour l’avènement de la vérité, deux hasards surviennent : le premier, Hercule Poirot, de retour de mission est monté à bord, le second, le train est bloqué par la neige quelque part en Yougoslavie interdisant toute fuite à l’assassin (c’est d’ailleurs réellement arrivé au train de luxe d’être ainsi bloqué pendant trois jours, ce qui inspira d’ailleurs cette histoire à la britannique, bien qu’aucun crime n’eût été commis à cette occasion…). Le limier belge commence alors son enquête… Le crime de l’Orient-Express est l’un des plus grands succès d’Agatha Christie, il a été adapté en BD, en livre pour enfants et au cinéma par Sydney Lumet, avec un casting aussi prestigieux que le train : Albert Finney, Sean Connery, Lauren Bacall, Anthony Perkins et Jean-Pierre Cassel. Il a également été adapté en 2017 par Kenneth Branagh. Mais, sa version, bien que dopée aux effets spéciaux n’a pas le charme de la version de 1974.
Le Crime de l’Orient-Express de Sydney Lumet. EMI Films, G.W. Films (1974)

5 – Le Train mongol, révolution embarquée
Dans les années 1920, « aux confins du monde oriental », un train, l’Express bleu, s’apprête à marquer l’arrêt dans une gare chinoise afin d’accueillir de nouveaux voyageurs. Vers la gare « se dirigent les mêmes éternels aventuriers, profiteurs du désordre », tandis que le flot ininterrompu des coolies s’affairant pour charger bagages et marchandises à son bord agite les quais. La composition du train épouse la stratification sociale à l’œuvre dans cette région du monde. Dans la voiture de la Compagnie internationale des wagons-lits N° 398, une première classe, de riches passagers, étrangers pour la plupart. Dans la voiture n’° 199 D, une seconde classe, les marchands et les classes moyennes s’impatientent. Et enfin, dans les voitures de troisième classe, les masses populaires s’entassent dans l’inconfort.
Retardé à cause d’un voyageur illustre, diplomate anglais, qui doit fournir des armes à un général chinois engager dans une lutte contre les révoltes populaires qui agitent le pays, le train, tracté par la locomotive N° 6514 finit enfin par s’ébranler. Dans la voiture de 3e classe, un trafiquant d’enfants à pris place. Les petits vont nourrir la demande de main d’œuvre des filatures. Mais quand deux anciens bagnards, reconvertis en matons, violentent une petite fille, un paysan se rebelle. Bientôt la révolte gronde dans la voiture contre ces « pieuvres, ces bandits ». Au fur et à mesure que le train progresse, elle enfle. La violence des soldats, venus châtier le paysan, met le feu aux poudres. Ouvriers et paysans s’unissent alors. Ils s’emparent de quelques armes dans un fourgon et prennent possession du convoi lancé à toute vitesse…
Un classique du cinéma soviétique, qui fait du train un champ de bataille de la lutte des classes, comme le fera plus tard le réalisateur coréen Bong Joon-ho en adaptant en 2013 la bande-dessinée de Jean-Marc Rochette et Jacques Lob Snowpiercer.
Le Train mongol (Goluboï ekspress) d’Ilya Trauberg. Sovkino. Union soviétique. (1929)

6 – Shanghai Express, divine Marlène Dietrich
Dans la gare et sur le quai, c’est l’effervescence. Des porteurs encombrés, des voyageurs pressés, des cheminots affairés, le train de nuit s’apprête à quitter Pékin à destination de Shanghai. Bientôt, une voiture arrive. Le chauffeur dépose sa passagère, habillée comme si elle participait à une soirée de gale. Une robe noire impressionnante qui la place d’emblée hors de la cohorte des voyageurs ordinaires. La femme fatale dans toute sa splendeur !
Nous sommes en 1931 et plusieurs camps s’affrontent pour le contrôle du pouvoir. À bord de ce Shanghai Express, un Allemand trafiquant d’opium, une vieille dame et son chien, un officier français qui ne parle… que français, Sam Salt qui ne parle… qu’Anglais, un pasteur, une jolie et intrigante Chinoise, un capitaine et au milieu, irradiant de toute sa classe, dans une toilette au comble du chic des années 30, Madeleine, plus connue sous le nom de : Shangaï Lily. Un rôle de vamp jouée par une Marlène Dietrich au sommet de son art qui, cigarette après cigarette, hypnotise le spectateur. Filmé à Hollywood, le film a nécessité d’importants moyens. Ainsi, la Chine a été recréée en studio et un train a été loué à Santa Fe, peint en blanc et agrémenté d’une voiture blindée remplie de « soldats » chinois armés de fusils.
Plus grand succès commercial de la filmographie du couple Sternberg – Dietrich, qui compte sept films, Shanghai Express n’évite pas quelques personnages caricaturaux, mais demeure un grand classique. La photographie assurée par Lee Garmes est exceptionnelle, sublimant les scènes ferroviaires, comme l’actrice star. Garmes remporte d’ailleurs un Oscar en 1932.
Shanghai Express de Josef Von Sternberg. Paramount Pictures. Etats-Unis. (1932)

7 – L’Enigme du Chicago Express, film noir et ferroviaire
Quintessence du film noir, L’Enigme du Chicago Express nous prouve que le train de nuit sied parfaitement au genre. Les protagonistes – des flics, des gangsters, des vamps – sont prisonniers des rames et du microcosme ferroviaire, leurs mouvements sont gênés par l’étroitesse des couloirs et des compartiments, offrant aux spectateurs sensations de claustrophobie et d’oppression.
Le détective Walter Brown, un policier incorruptible, est chargé de protéger Mme Frankie Neil, la femme de Franck Niel, un chef de la pègre qui a fait défection, devenue un grand témoin menacé par les malfrats. Il doit lui servir d’escorte pendant lors le long voyage en train de Chicago à Los Angeles. La jeune femme est particulièrement agressive, la peur n’arrangeant rien. Effectivement, une équipe de gangsters sont montés à bord afin de faire taire définitivement la jeune femme. En parallèle, le détective rencontre une autre voyageuse, Mme Sinclair, accompagnée de son fils, que le policier aura bien du mal à apprivoiser. De mauvaises rencontres en quiproquo, le périple ne sera pas de tout repos. Et Walter Brown apprendra durement une leçon essentielle : les apparences sont parfois trompeuses.
Tourné en seulement treize jours pour la RKO, L’Enigme du Chicago Express condense tout ce qui fait le sel d’un film noir et rencontre à sa sortie un immense succès. La mise en scène nerveuse de Richard Fleischer utilise de gros plans et des cadrages serrés pour accentuer la sensation d’oppression. Il filme également caméra à l’épaule, une innovation alors, et donne au spectateur l’impression d’être lui-même à bord du train. L’action est incessante, aucun répit dans cette histoire particulièrement sombre et une fuite en avant incontrôlée pour la plupart des protagonistes de ce polar moral.
L’Enigme du Chicago Express (The Narrow Margin) de Richard Fleischer. RKO Pictures. (1952)

8 – La Mort aux trousses, dans l’intimité de Cary Grant et Eva Marie Saint
Roger O. Thornhill (Cary Grant), publiciste sans histoire se retrouve bien malgré lui plongé dans le panier de crabes de la guerre froide. Confondu avec un membre du contre-espionnage américain, il devient une cible. Alors qu’il est pris pour l’assassin d’un diplomate, au siège des Nations Unies à New York, il se rend à la gare de Grand Central pour prendre l’express de nuit à destination de Chicago. Il y rencontre une vamp irrésistible Eve Kendall (Eva Marie Saint) qui l’aide à échapper à la police…
Alfred Hitchcock signe en 1959 l’un de ses plus grands succès avec la réalisation de La mort aux trousses. La voiture-lits du célèbre train « Twentieth Century », y offre des scènes réjouissantes de proximité en pyjama entre Cary Grant et Eva Marie Saint, notamment lorsqu’ils se retirent dans la couchette supérieure de leur compartiment. Le train entre alors dans un tunnel, juste avant le générique de fin… Au spectateur de tirer les conclusions qui s’imposent. Si la scène où Thornhill est pourchassé par un avion demeure emblématique du film, les scènes du train offrent un mélange efficace entre comédie romantique et film d’action.
Assis sur une couchette dans un train, en compagnie d’Eve Kendall, Roger O Thornhill remarque qu’un agent de la compagnie ferroviaire a préparé la couchette et le fait remarqué à sa compagne de voyage : « – C’est gentil de sa part d’avoir préparé le lit. – Oui…Un lit seulement… – Oui… – Voilà un excellent présage. – Magnifique. – Vous savez l’interpréter ? – Oui… Qu’est-ce que ça veut dire ? – Ça veut dire que vous allez dormir par terre ! »
La Mort aux trousses (North by North West) d’Alfred Hitchcock. Metro-Goldwyn-Mayer. (1959)

9 – Certains l’aiment chaud, quiproquos en série dans le train de nuit
Deux musiciens, Jerry (Jack Lemmon) et Joe (Tony Curtis), assistent bien malgré eux à un règlement de compte entre deux bandes de gangsters. Afin d’échapper aux tueurs, ils trouvent refuge au sein d’un orchestre exclusivement féminin, les Sweet Sue and her Society Syncopators, et le suivent à bord d’un train à destination de la Floride. Pour y parvenir, les deux compères se travestissent en femmes. Joe devient Joséphine et Jerry choisit Daphné comme petit nom. Adaptée d’un film français de 1935, Fanfare d’amour, cette œuvre mythique de Billy Wilder s’appuie sur un trio d’acteurs époustouflant : Tony Curtis, Jack Lemmon et surtout Marilyn Monroe, alors au sommet de sa gloire et qui pour ce rôle remporta en 1960 le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie. Cette comédie romantique mythique constitue l’un des rôles les plus connus de Marylin Monroe. Pourtant l’actrice a, dans un premier temps, refusé de jouer dans le film, lassée des rôles de jeunes femmes écervelées. Mais ses difficultés financières l’ont obligé à accepter la proposition de Billy Wilder.
Le réalisateur désirait que les deux acteurs soient complètement méconnaissables. L’anecdote veut que pour vérifier la qualité du maquillage de ses deux comédiens, le réalisateur demandât à Jack Lemmon et Tony Curtis de faire un tour, travestis en femmes, dans les toilettes du studio. Apparemment, aucune personne présente ne s’aperçut de la mystification… A noter que la version française des dialogues est signée par Raymond Queneau. Le film a notamment légué une réplique parmi les plus célèbres du cinéma, lancée par l’acteur Joe E. Brown quand son personnage – le riche Osgood Fielding III – se fait de plus en plus pressant auprès de Daphné qui tente de le prévenir : « – Mais tu ne comprends pas ! Je suis un homme. – Et alors ? Personne n’est parfait ! »
Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot) de Billy Wilder. Ashton Productions, The Mirisch Corporation. (1959)

10 – Train de nuit (Pociąg) de Jerzy Kawalerowicz (1959)
Jerzy a réservé un compartiment dans le train de nuit qui relie Varsovie aux rivages de la mer Baltique et à la presqu’île de Kel, au nord de Gdansk. Derrière ses lunettes noires, on le sent sur la corde raide. Il pensait voyager seul dans un compartiment de première classe, mais une jeune femme, Martha, s’installe par erreur sur la banquette inférieure et refuse de la quitter malgré les injonctions des agents de la compagnie ferroviaire. La passagère finalement s’impose. Excédé, il se résout tout de même à partager avec elle le compartiment. Doucement, les deux voyageurs s’apprivoisent. Les corps se rapprochent quand il essaye de lui ôter une poussière qui s’est logée dans son alors qu’elle prenait l’air à la fenêtre. Autour d’eux, d’autres destins s’entrecroisent. Une femme frustrée par un mari distant est en quête d’une aventure extra-conjugale et un assassin tente de fuir la police après avoir tué sa femme.
Alors que la plupart des voyageurs sont endormis, la police, à la recherche d’un meurtrier, arrête le train dans une petite gare et entreprend de le fouiller. Jerzy est alors suspecté. Martha parvient à le disculper et à mettre la police sur les traces du véritable suspect qui parvient à s’échapper. Une meute de voyageurs avides de justice populaire expéditive se lance alors à la poursuite de meurtrier présumé. La chasse à l’homme s’achève au milieu d’un cimetière… Cette irruption de violence agit comme une catharsis sur les deux compagnons de voyage. Jerzy et Martha commencent à discuter. Ils se racontent alors leur histoire. Lui, partage ses doutes à la suite de la mort de l’une de ses patientes sur sa table d’opération. Elle, cherchant à rompre avec un amoureux abusif, éprouvant des difficultés à aimer et à être aimée. Au bout de ce train de nuit, c’est la mer Baltique, étincelante sous le soleil, et la promesse d’un nouveau jour.
Train de nuit demeure aujourd’hui encore un classique du cinéma polonais et l’un des meilleurs exemples de cette « nouvelle vague » qui éclaira les salles obscures derrière le rideau de fer à la fin des années cinquante.
Train de nuit (Pociąg) de Jerzy Kawalerowicz. Kadr Film Studio. (1959)

11 – Compartiment tueurs, le premier film de Costa-Gavras
Un train de nuit, le Phocéen, qui relie Marseille à Paris s’arrête en gare d’Avignon, une jeune femme, Benjamine Bombat (Catherine Allégret) monte à bord et y rencontre Daniel (Jacques Perrin) un jeune homme dépourvu de billet, mais pas de charme, qui s’essaye à la fugue. Dans le compartiment, où Benjamine a réservé une couchette, plusieurs voyageurs sont déjà installés. Mais il reste une place, que le jeune Daniel parvient à occuper, après s’être caché dans les toilettes en compagnie de la belle « Bambi », comme elle se surnomme. Mais, la mort est au bout du voyage.
Une représentante en parfumerie (Pascale Roberts) est retrouvée morte par Daniel alors qu’il revient chercher son sac dans le compartiment. Selon les premières constatations de la police, la jeune femme a été étranglée. Les autres occupants du compartiment sont tous suspectés par l’inspecteur Grazziani (Yves Montand) qui mène l’enquête, secondé par l’inspecteur Jean-Lou Gabert (Claude Mann) après que leur chef, le commissaire Tarquin (Pierre Mondy) leur a quelque peu forcé la main… Mais, un à un, ils sont également assassinés, à commencer par René Cabourg, inquiétant personnage solitaire et tourmenté (Michel Piccoli). Puis, c’est le tour des autres occupants d’être poursuivis, l’actrice Éliane Darrès (Simone Signoret) est bientôt visée… Pendant ce temps-là la police patine. Alors qu’ils entendent les proches de la victime – notamment Bob (Charles Denner). Petit ami de la jeune femme, volubile et teigneux, sa tirade le conduit, jusqu’au dépôt, pas celui des locomotives, mais celui du Palais de justice de Paris. Les différentes pistes ne mènent nulle part. À chaque fois, le meurtrier semble avoir un coup d’avance sur la police.
Cette adaptation du roman éponyme de Sébastien Japrisot, qui signe également les dialogues, est un film de genre qui s’autorise tout de même un humour grinçant. Les allusions politiques sont nombreuses, une conscience aiguë que le réalisateur ne cessera de développer dans ses films, notamment Z ou L’Aveu, deux œuvres avec Yves Montand, qui est devenu au fil du temps l’acteur fétiche de l’artiste. Il s’agit alors du tout premier film de Costa-Gavras, jusqu’alors assistant réalisateur pour Henri Verneuil ou Jacques Demy, Compartiment tueurs est devenu un classique du film policier français.
Compartiment tueurs de Costa-Gavras. PECF. (1965)

12 –Transamerica Express, humour et action de Los Angeles à Chicago
Pour la première fois de sa vie, Georges Caldwell (Gene Wilder), un jeune éditeur, monte à bord d’un train. A Los Angeles, il monte à bord du Silver Streak, la « flèche d’argent ». Ce train traverse une bonne partie des Etats-Unis – Nevada, Colorado, chaine des Rocheuses et fleuve Mississipi et doit lui permettre de rejoindre Chicago en deux jours et demi. Il a choisi les rails, car il a l’ambition de s’ennuyer… Malheureusement, l’oisiveté et la contemplation ne sont pas au programme de ce voyage.
Son compartiment de première classe comporte une porte qui donne sur le compartiment voisin qui, mal fermée, lui laisse entrevoir une jolie jeune femme. Plus tard, dans la voiture-restaurant, où il se rencontre à nouveau. Il apprend qu’elle se nomme « Hilly » et qu’elle est la secrétaire d’un célèbre spécialiste de l’histoire de l’art, le professeur Schreiner (Stefan Gierasch). L’alcool aidant, les deux voyageurs se rapprochent et bientôt partage la même couchette. Alors que le couple nouvellement formé entre dans le vif du sujet, Georges voit à travers la vitre le corps d’un homme tombant du toit du train, une balle logée dans la tête. Quand il tente d’éclaircir la situation, il tombe sur une bande de brutes, dont le terrifiant Reace (Richard Kiel), un acteur habitué de la violence en milieu ferroviaire puisqu’on lui doit une très belle bagarre dans un train de nuit quand son personnage affronte James Bond dans L’Espion qui m’aimait (1977).
A la tête de cette équipe de malfrats, Roger Devereau (Patrick Mc Goohan), un riche collectionneur d’arts de Chicago prêt à tout pour retrouver des lettres attribuées à Rembrandt prouvant que certaines toiles du maître hollandais authentifiées par Devereau sont des faux.
Rien ne sera épargné au jeune éditeur qui se fera même expulser manu militari du train en marche, se retrouvant au beau milieu de nulle part. Il deviendra même le principal suspect du crime. Heureusement, il trouve un allié inattendu en la personne de Grover T. Muldoon (Richard Pryor), un voleur fantasque qui le seconde dans sa quête de la vérité.
Humour et suspense ; un scénario efficace signé Collin Higgins (Harold et Maud) ; scènes de bagarres sur te toit du train ou dans la promiscuité des compartiments : Transamerica Express offre un parfait divertissement. À noter que par crainte d’altérer son image, Amtrak, l’exploitant du train reliant Los Angeles à Chicago, a refusé de participer. La production s’est donc tournée vers la compagnie canadienne Canadian Pacific créant une compagnie fictionnelle AmRoad pour les besoins du film.
Transamerica Express (Silver Streak) d’Arthur Hiller. 20th Century Fox. (1976)

13 – Europa, la longue nuit d’un continent ravagé
Allemagne, octobre 1945, Leo Kessler (Jean-Marc Barr), un jeune idéaliste américain d’origine allemande, objecteur de conscience est venu de New-York, débarquant dans le nord du pays à Bremerhaven et prenant le train jusqu’à Francfort. Il arrive dans un pays dévasté alors que la Seconde guerre mondiale vient de s’achever et que l’Europe est exsangue. Empli de bons sentiments, il compte apporter son soutien aux populations civiles qui subissent privations, violences et humiliation. Son oncle (Ernst-Hugo Järegård) – un personnage particulièrement acariâtre- lui a trouvé un emploi dans la compagnie ferroviaire où il officie, Zentropa. Une société qui, depuis sa fondation en 1912, n’a jamais cessé de faire circuler des trains. Le jeune américain entreprend donc une formation pour devenir conducteur dans les wagons-lits de la compagnie. Dans le monde des wagon-lits, le conducteur est celui qui contrôle les billets et qui s’assure du confort des voyageurs, faisant leur lit ou cirant leurs chaussures. Un monde de règlements et de normes auquel le jeune Léo doit se plier. Il fait ses débuts dans la prestigieuse voiture 2306, un wagon-lits de première classe qui fait ses grands retours sur les rails. Dans le compartiment privé de la compagnie ferroviaire, il rencontre Katharina Hartmann (Barbara Sukowa), la fille du patron de Zentropa, Max Hartmann (Jørgen Reenberg), qui règne en maitre sur le réseau ferré allemand. Une idylle naît entre l’héritière et l’apprenti conducteur.
A travers les vitres du train, Leo observe un pays ravagé. Sur les quais des gares, toujours la même cohue des réfugiés et des mendiants. Partout, la présence des soldats américains et des « loups garous », un groupe clandestin de partisans nostalgiques du IIIe Reich, qui luttent contre l’occupation américaine. Pris entre ces différents factions, Leo subit des forces qui le dépassent et qui finiront par l’engloutir.
Après la spontanéité du « Dogme », mouvement cinématographique danois dont Lars von Trier est l’un des fondateurs et qui s’imposait une sobriété formelle, le réalisateur a entrepris une démarche inverse avec ce troisième et dernier volet de sa trilogie européenne (après Element of Crime et Epidemic). Chaque plan est très travaillé et la photographie particulièrement léchée.
Thierry Jousse écrits dans les Cahiers du cinéma, à l’occasion de la sortie du film en juin 1991 : « Europa est un film d’aujourd’hui. Pour cette manière unique de réconcilier le premier et le second degré, de réinjecter le classicisme dans la modernité, de conjuguer le lyrisme et la cérébralité, la terreur et le comique et plus encore, de tout rejouer par le romanesque, y compris les questions politiques. Tout de même, il y a un mot que je n’ai pas prononcé parce que je m’en méfie, c’est celui de poésie. […] Europa est d’une beauté formelle époustouflante. »
Europa de Lars Von Trier. Det Danske Filminstitut.(1991)

14 – Les démons de minuit dans Demon Slayer, le train de l’infini
Au Domaine des papillons, Tanjirō, Zenitsu et Inosuke viennent d’achever leur formation de pourfendeurs, des fines lames chargées de combattre des démons qui se repaissent de chair humaine. Le film débute sur un quai de gare. Le train qui s’élance bientôt dans la nuit a quelque chose de sinistre… Pour leur toute première mission, ils monte à bord du « Mugen », du Train de l’infini, où ils doivent retrouver Kyōjurō Rengoku, le « pilier de la flamme ». L’un des neuf piliers de l’ordre des chasseurs de démon, les guerriers les plus redoutables de ce monde qui luttent sans relâche contre les forces obscures. Ils tombent sur le maître, confortablement installé dans une voiture, engloutissant à un rythme impressionnant des dizaines d’ekibento, ces boîtes compartimentées contenant un repas complet, vendues dans les gares et les trains japonais. Mais, Kyōjurō Rengoku est présent dans ce train pour une bonne raison : il enquête sur la disparition à bord de ce même train de 40 passagers lors de précédents voyages.
A bord, les guerriers ne sont malheureusement pas seuls. Le démon Enmu, un être particulièrement malfaisant, debout sur la locomotive, joue sa propre partition dans le but de piéger les pourfendeurs et ainsi, progresser dans la hiérarchie des dragons… Enmu a la capacité de créer des rêves qui enferment ceux qui les vivent dans un monde onirique, construit à partir de leurs désirs inassouvis. Une cage dont ils ne parviennent pas à s’extraire tant le temps qui y passent y est doux.
Quand le contrôleur, les yeux cernés par la fatigue, poinçonne leur billet nos jeunes héros tombent malheureusement dans le piège tissé par le démon. Ils sont bientôt profondément endormis.
Ce long métrage réalisé par Haruo Sotozaki est la suite directe de la première saison de la série d’animation. C’est une adaptation de l’arc narratif Le train de l’infini du manga Kimetsu no Yaiba écrit et dessiné par Koyoharu Gotoge, un immense succès pour la maison d’édition Shueisha. En février dernier, il s’en était déjà vendu plus de 150 millions d’exemplaires dans le monde. Nous suivons dans ce manga, les aventures de Tanjiro Kamado qui produit et vend du charbon de bois pendant l’ère Taisho (1912-1926). Cette période qui correspond au règne de l’Empereur Taisho marque l’arrivée des idées libérales dans l’archipel après la fin de la Première guerre mondiale.
La quête de ce héros pas comme les autres a trouvé un écho important auprès du public. Le succès du manga, puis de la série et du film a marqué les esprits. La compagnie de chemin de fer Kyushu Railway a même lancé un train spécial qui relie la gare de Kumamoto à la gare d’Hakata dans la préfecture de Fukuoka. Ce train est tracté, comme dans le mange, par une locomotive à vapeur mogul (une 130 en classification européenne) JGR 8620, construite en 1914, la dernière encore opérationnelle du pays. Aménagé pour imiter celui du film, ce train n’a circulé que pendant un temps limité en novembre 2020 et la vénérable locomotive a été repeinte en noir pour ressembler à celle du film. Ses passagers portaient des vêtements traditionnels japonais typiques de l’ère Taisho. Tous les billets se sont vendus en une journée !
Demon Slayer, Kimetsu no Yaiba – Le film : le train de l’infini de Haruo Sotozaki. Toho, Aniplex, Wakanim. Japon. (2020)

15 – Compartiment n°6 (Hytti Nro 6) de Juho Kuosmanen (2021)
Laura (Seidi Haarla), une étudiante finlandaise suit des cours d’archéologie à Moscou, où elle vie en couple avec Irina (Dinara Drukarova). Ensemble, elles ont prévu de partir dans l’extrême nord de la Russie pour admirer les pétroglyphes de Kanozéro, des dessins gravés dans la pierre, vieux de 10 000 ans, découverts dans la péninsule de Kola. Mais, Irina a une contrainte professionnelle et lui fait faux bond. Laura part donc seule en direction de Mourmansk et vers les antiques pétroglyphes, soit un trajet de près de 2 000 km. Dans son compartiment, elle tombe sur un jeune ouvrier russe, Ljoha (Yuriy Borisov), et sa bouteille de vodka. Ivre et agressif, il ne constitue pas le compagnon de voyage idéal… Alors qu’il se fait de plus en plus lourd, la jeune femme se réfugie au wagon-restaurant. Mais quand celui-ci ferme, elle doit bien se résoudre à affronter son voisin de couchette. Heureusement, Ljoha cuve son alcool, endormi sur sa banquette. Mais le voyage dans ce train russe bringuebalant ne fait que commencer… Et si ces deux solitudes que tout semblent opposer au premier abord ne se ressemblaient pas plus qu’ils ne veulent bien l’admettre ? D’ailleurs, si leurs prénoms ne s’écrivent pas de la même manière, ils se prononcent bien de la même façon…
Effectivement, le spectateur ressent l’ambiance de ce train vers l’Arctique, ses cahots, la plainte continue de ses essieux. Il perd comme Laura son regard dans le défilement des forêts de bouleaux sous la neige. Il fume une cigarette avec Ljoha sur le quai enneigé d’une gare perdue dans l’immensité. Il partage l’intimité de ce drôle de couple qui se forme progressivement malgré toute la répugnance d’abord ressentie par Laura et Ljoha.
Nous suivons la lente construction d’une relation entre deux âmes blessées qui doucement se déploie le long du rail, dans l’univers clos d’un train qui s’enfonce dans le blizzard. En tout cas, une certitude : un compagnon de compartiment imposé par le hasard des réservations peut bouleverser la vie du voyageur !
Compartiment n°6 (Hytti Nro 6) de Juho Kuosmanen. Elokuvayhtiö Oy Aamu, Kinokompanija CTB, Amrion, Achtung Panda. (2021)







